3h30 ! Encore cette même heure, ce même rituel. Je me réveillais en sursaut à 3h30 précise, toujours 3h30, 3h30 DU MAT’ ! Je n’y coupais pas. Le clignotis rouge de mon réveil commençait sérieusement à me gonfler, jamais une minute de plus ou de moins, toujours cette même heure encore et ENCORE.
Si ça continuait, j’allais commettre un meurtre ! Et en plus, pour couronner le tout, c’était toujours le même rêve qui me réveillait à cette heure fatidique.
Un songe vraiment étrange, troublant et effrayant mais qui ne manquait pas d’un certain piquant ! Il me laissait toujours dans un état d’excitation peu commune avec des désirs si intenses qu’ils me brûlaient de part en part et me conduisaient ainsi, presque tout le temps, à prendre des douches glacées pour les apaiser.
Ce rêve assez … hmmm … « éprouvant » me donnait aussi toujours envie de manger, j’avais faim, TRES FAIM !
Tout aurait été pour le mieux si j’avais eu envie de fruits ou de laitages, les vitamines m’auraient été bénéfiques !
Or bizarrement ce rêve me laissait dans la bouche le goût amer du fer, je voulais du sang ! NON, je ne suis pas folle, laissez-moi finir !!
Je suis parfaitement équilibrée enfin, du moins, je le crois.
Donc, quand je me réveille, je veux de la viande saignante voire bleue. C’est bizarre je sais ! Mais d’autres se font bien des paellas ou du curry à cette même heure ! Non ? Est-ce que j’essaie de me rassurer ? Oui, c’est évident !
Bon je sais, oui je sais tout ! C’est fantastique non ? La viande bleue au réveil c’est gore, y’en a que ça ferait gerber d’ailleurs moi-même ça me fous des relents (désolé, c’est pas très poétique !) quand je vois le plat mais bon, une fois qu’on commence ça passe et puis j’adore la viande (eh oui, je ne suis pas végétarienne !) heureusement pour moi sinon je serais vraiment dans la merde ! Oups pardon !
Ainsi donc, aujourd’hui comme hier et comme tous les autres matins depuis 2 semaines, je me lève à 3h30 pour me faire cuire un rôti bien juteux MIAM !! Mais aussi pour calmer mes envies ardentes avec l’aide répétée de douches froides et de glaçons, HUM !!
A cause de ça, mon stock de chair est descendu en flèche au grand plaisir de mon svelte boucher de 26 ans qui ne manque pas de me sortir des blagues salaces à chaque fois que j’y passe !
Sa clientèle étant à 95% composée de femmes, il doit croire que mes fréquentes visites ont pour réel motif le « matage » de ses fesses bien fermes d’ex-footballeur qu’il expose à la vue de tous et surtout de toutes dans des jeans ajustés et bien serrés !
Bon ok, il a un tout petit peu raison, j’adore regarder ce qui est beau et surtout cette partie là de l’anatomie masculine mais de là à en vouloir à son tablier y’a de la marge quand même !
Et zut, je revois ses fesses qui s’agitent devant moi tels deux belles pommes !
C’est malin, faut que je retourne sous ma douche ! Pfiou j’en ai marre ! On dirait que je suis en chaleur, tous mes sens sont en éveil et décuplés, c’est E.PUI.SANT ! Le moindre souffle, la moindre caresse me fait grimper aux rideaux.
Il faut sérieusement que je me calme ou je vais mourir d’expectase ! C’est pas que ça me dérange, c’est une mort plutôt sympa quand on y pense mais totalement ridicule quand on la provoque soi-même parce qu’on est passé trop près de la fenêtre ouverte et de son vent doux et caressant !
Ça y est, je recommence, je trip même sur le vent ! Va falloir que je bannisse mon sèche cheveux maintenant, au cas où ! Pitié, au SECOURS !!
Alala n’empêche, heureusement pour moi que je travaille tôt (donc je rencontre pratiquement personne en chemin) et surtout SEULE (ouf ! parce que sinon il prendrait cher !) De plus, je ne me vois pas me recoucher après 1 : avoir englouti ce plat et 2 : avec une libido de chatte ! (Et pas de jeux de mots merci !) Je crois bien que mes rêves seraient pires et franchement, vu ce que c’est, je n’ai pas besoin qu’ils le soient. Des fois, je me dis que ça doit être ma profession qui veut ça, qui veut que mon imagination soit si débridée.
Pff chaque métier a un revers de médaille, je suppose, même si le mien n’est pas si déplaisant que ça.
Malgré mes douches répétées, ce rêve ne m’avait pas quittée un instant depuis le début de mes créations. Essayer de l’ignorer était peine perdue, de plus il s’intensifiait de plus en plus à l’approche du vernissage.
Eh oui, vous l’avez sans doute deviné, je suis artiste peintre. C’est pour ça que me lever à 3h30 ne me dérange pas plus que ça, c’est juste le rêve qui va me faire péter une durite ! puisque je dois être à la galerie à 5h pour travailler mes œuvres et l’exposition ! (Ordres de mon agent et croyez-moi ne vous frottez pas à elle, c’est une barge et une esclavagiste !)
Depuis le jour où elle a découvert mon talent « très spécial » d’après elle, dans une petite ville de province, elle ne m’avait plus lâchée devenant en moins d’un an ma meilleure amie, protégeant mes intérêts et moi par la même occasion comme un chien affamé protégeant son os !
Bon ok, l’image n’est pas bien choisie. Elle n’a rien d’un requin mais cela représente vraiment bien sa ténacité.
Je m’habillais comme toujours avec de vieilles fringues, confortables, tâchées de peinture ! Je relevais mes cheveux bruns en une queue de cheval haute et m’apprêtais à partir.
Comme je l’avais prévu, le rêve était toujours bien présent dans mon esprit et une question m’obsédait de plus en plus, pourquoi m’appelait-on Lil dans ce songe ?
C’était un diminutif ou un nom particulier ? Je ne m’appelais pas Lil c’est sur ! Et pourtant dans les rêves n’est-on pas censé garder son prénom même si notre corps change de forme ?
J’en sais vraiment rien, d’un autre côté je ne suis pas Freud. Cependant, bizarrement ce nom me rendait nostalgique ainsi que les personnes sans visage qui le prononçait à tout va ! Serait-ce une r … ? Non, c’est impossible, je divague ! Je suis athée, je ne crois pas à toutes ces sornettes. J’admire les auteurs de la Bible pour leur imagination mais soyons sérieux qui pourrait croire à ce tissu de chimères ?
Bon ok, 1/3 de la population mondiale y croit ! Enfin j’exagère un peu ! De toute façon chacun est libre de penser ce qu’il veut. De plus, me connaissant ce rêve est sans doute lié aux peintures de ma nouvelle exposition. Elles ont pour sujet : Les délices de la tentation.
Cela ne m’étonnerait donc pas que ça vienne de là.
Ainsi, perdue dans mes pensées, j’avais cheminé sans m’en rendre compte jusqu’à la galerie. Il était 5h pile ! C’est fou ce que je suis douée !! La galerie datant de 1903 était placée dans une petite rue pavée de la cité, proche de l’avenue principale. Sa façade possédait des colombages et une petite enseigne où était inscrit « galerie » en vieux français. Cette pancarte était splendide, ciselée et décorée avec soin dans de la feuille d’or.
Elle était petite mais c’est justement pour ce critère (en grande partie) qu’elle avait été choisie. Le vernissage se voulait intime ! Cet endroit serait parfait d’autant plus qu’il possédait un atelier dans son fond, idéal pour moi qui « peaufine » sans arrêt mes tableaux.
En entrant, je ne fus pas surprise de trouver Rudeya, mon agent qui m’attendait l’air contrarié ! Enfin nan là je suis sympa, elle était furieuse oui !!!
Les critiques de ma précédente exposition lui remuaient sans doute encore l’esprit.
Dans un tailleur pantalon noir anthracite, elle était splendide ! Elle me ferait presque regretter de ne porter qu’un vieux jeans délavé, troué et mon débardeur rouge !
Mince et élancée, on pourrait penser que c’est un mannequin aux premiers abords. Grande, sa démarche souple et cadencée envoûte les malheureux qui ont le bonheur de la croiser !
Si je dis « malheureux » c’est tout simplement parce que les hommes n’ont aucune chance avec elle. Notre belle Rudeya est lesbienne, enfin bi mais je dirai qu’en ce moment elle est plus portée sur la vague de la voile que sur celle de la vapeur ! Où l’inverse je ne sais jamais !!
Ses magnifiques cheveux châtains coupés assez court lui font ressortir son perçant regard émeraude.
Avoir une telle femme devant vous est un pur bonheur pour les yeux.
Seulement, à voir sa mine, j’allai avoir droit à l’ouragan Rudeya !
_ « Tu es en retard », me lança-t-elle.
_ « Bonjour à toi aussi et NON j’arrive juste à temps, il est 5h à ma montre mais visiblement aujourd’hui ce n’est pas assez tôt n’est ce pas ? » répliquais-je sèchement ! Elle aurait pu me dire bonjour non ?
_ « En effet ! Tu devrais être là depuis 3h30, ton vernissage est dans 5 jours et il manque encore 3 toiles ! » Reprit-elle, sans se démonter, sur un ton défensif.
Tiens, tiens encore 3h30 mais qu’est-ce qu’ils ont avec cette heure ?!? Ça va me rendre dingue.
Moi qui pensais que la cause de sa mauvaise humeur était les critiques, je me suis plantée en beauté !
_ « Excuse-moi mais je ne peux pas être ici à 3h30 puisque je PARS d’ici à 23h ! Tu sais, les artistes aussi ont besoin de dormir, au moins un minimum. Et puis, il ne reste plus qu’1 toile ½. J’ai fini l’autre hier ! » Répliquais-je sur un ton plus doux.
J’avais autre chose à faire que de me disputer avec Rudeya ! En plus, je n’aurai pas pu suivre, j’étais trop fatiguée pour me disputer correctement.
_ « Tu es décidément trop nonchalante, c’est dingue ! A croire que tu ne stresses jamais pourtant depuis les dernières critiques, tu devrais te montrer plus rigoureuse », déclara-t-elle, elle aussi sur un ton plus contenu. Rudeya n’avait pas non plus envie d’entamer une dispute ! Finalement j’avais pas tord sur le pourquoi de son humeur massacrante !!
_ « En effet, je ne stresse pas ! C’est inutile et pour ce qui est des critiques, je m’en fous. Chacun à sa propre conception des éléments qui l’entourent. Les critiques dans le domaine de la peinture sont, d’après moi, des jugements faussés ! Ils écrivent toujours d’après ce qu’ils ressentent et ces émotions dépendent de ce qu’ils ont vécus individuellement. Comment veux-tu que ce soit objectif ?
Je ne peins pas pour faire plaisir aux autres mais pour moi, s’ils apprécient ce que je fais tant mieux sinon c’est dommage !
L’avis du prétendit « connaisseur » ne me touche pas d’autant plus qu’ils n’ont, pour la plupart, jamais touché un pinceau dans leur vie. Si le public n’est pas stupide, il viendra se faire une opinion tout seul, voilà tout !! » Expliquai-je tranquillement.
_ « Quelle tirade ! T’es vraiment désespérante ! » Dit-elle. Puis Rudeya reprit en se radoucissant :
_ « Tu as l’air fatiguée, ça va ? Je sais que je t’en demande beaucoup mais je ne veux pas non plus que tu te rendes malade ! »
_ « Non, ne t’inquiète pas, je dormirai après le vernissage et si jamais je tombe avant tu me rattraperas, OK ? » Dis-je en plaisantant.
_ « Je ne trouve pas ça drôle Reikki !! » Me réprimanda-t-elle.
_ « Oui, je sais tu ne trouve rien de drôle.
_ « Tu exagères ! »
_ « Oui c’est vrai, je suis désolée. En fait je suis fatiguée parce que je dors mal en ce moment ! Je fais un rêve étrange depuis 2 semaines. Après je n’arrête pas d’y penser !
_ « Ah bon ? Pourquoi tu ne me l’as pas dit avant ? » Dit-elle inquiète.
_ « C’est quoi comme style de rêve ? » Me demanda-t-elle.
_ « Tu tiens vraiment à le savoir ? »
_ « ça dépend, c’est comment ? »
_ « Hot et hard !! Parfois gore »
_ « Ah ouais les 2 H ! Ça doit être pas mal si ça t’empêche de dormir. Ça ne serait pas à cause de tes toiles que tu fais ce genre de rêves ? ».
Tiens, elle a eut la même idée que moi, les grands esprits se rencontrent !! Je sentais ce regard vert intense posé sur moi et je frémis. Rudeya avait un regard pénétrant et bien malgré moi, il me faisait toujours frissonner quand il se posait sur moi.
Je m’éloignai d’elle et répondit :
_ « C’est possible ! Tiens au fait, regarde ma nouvelle toile !
Serais-je en train de changer de sujet ? Oui, certainement ! M’y faire repenser, c’était me faire ressentir une nouvelle fois l’excitation à laquelle j’avais eu tant de mal à me soustraire ce matin !
De plus, cette fois je n’étais pas seule et si je ne voulais pas violer sur le plancher cette charmante personne aux yeux de chat, j’avais plus qu’intérêt à me focaliser sur autre chose.
_ « Voici la tentation de Pandore ! » Présentais-je.
_ « Je ne croyais pas que c’était ainsi ! Les anciennes légendes ne devaient pas la voir ainsi non plus », lâcha-t-elle en riant.
_ « Tu crois ? Moi, j’aime bien cette vision ! » Dis-je en ne pouvant réfréner un petit sourire malicieux que Rudeya capta. C’est dingue, elle voit tout !!
_ « Oui, c’est sur. D’ailleurs ça se voit que ça te plait ! Faut dire qu’une Pandore nue se baignant dans une boite qui déverse sur la terre sang et malheur c’est pas mal comme image. En plus, sa peau blanche qui rayonne contraste bien avec ton sang rouge vif !
Au fait, pourquoi elle rayonne comme ça ? » Me demanda-t-elle intriguée.
_ « Comment tu fais pour capter tout ce que je fais ? »
_ « Tout simplement parce que c’est toi, alors pourquoi hein ? »
_ « Ce n’est pas une réponse ! » Dis-je.
Rudeya est toujours énigmatique, elle élude toujours les questions qui l’arrangent et quand elle veut rien dire, rien ne peut la faire parler pas même du pentothal !
_ « Alors ? » Redemanda-t-elle patiemment ! A ce moment là, je suis sure d’avoir vu une lueur d’amusement dans ses yeux ! Ne pouvant rien lui soutirer de plus je répondis :
_ « Si Pandore brille, c’est parce qu’elle garde en elle l’espoir ! C’est la seule chose qui ne s’est pas enfui de la boite ! »
_ « Ah oui, c’est vrai ! Je n’y avais pas pensé. Au fait, en parlant de boite, c’est quoi cette inscription ? »
_ « ça ! » Dis-je en désignant des gravures sur la toile, « je ne sais pas trop. Dans mes rêves, je porte le nom de Lil, j’ai du le retranscrire sans faire exprès pendant que je dessinais les ciselures de la boite »
Le pire c’est que ce nom m’énerve, je ne sais pas ce qu’il veut dire, ça n’a aucun sens !!
_ « Tu crois ? Si t’avais regarder le livre de plantes que je t’ai apporté la semaine dernière, tu saurais ce que ça veut dire ! Ça t’apprendra à ne pas élargir tes domaines d’inspirations ! »
_ « Bouh MECHANTE ! Je m’en suis servie de ton bouquin sinon comment aurais-je pu dessiner les fleurs sur la tête de Pandore !! Et puis, tout le monde n’est pas fan !! »
_ « Ben t’a qu’à lire ce qui est écrit sous les images, ça aide parfois ! »Me rétorqua-t-elle.
_ « Et puis pas la peine de faire ta tête de petite fille punie ! »Dit-elle en riant.
Elle reprit :
_ « Lil vient de la plante Moon Lil, c’est une fleur blanche qui n’éclot qu’à la pleine lune »
_ « Wah t’en sais des choses ! Je suis É.PA.TÉE ! »
_ « Vas-y, fous toi de ma gueule, je te dirai rien » Dit-elle sur un ton de faux reproches.
J’adore embêter Rudeya ! C’est tellement marrant faudrait créer un sport national comme ça ! Non je blague, elle risquerait de tuer les participants. Que je sache, je dois être l’une des très rares personnes qui peuvent la taquiner. J’en ai de la chance !
_ « Désolé c’est plus fort que moi ».
_ « Oué, je sais ! Bref c’est une plante ! » Elle me sourit et continua :
_ « C’est pour ça que c’est étonnant de voir inscrit Lil sur cette boite quoique … (Ah, y’a un éclair de génie qui vient de passer dans ses yeux de félin !) … au niveau signification c’est pas mal ! »
Elle avait le visage rayonnant ! Elle avait compris une chose que seule elle, pouvait comprendre !
_ « Pourquoi tu dis ça ? »
_ « Pour une férue de mythes en tout genre, tu me déçois ! Cette plante représente la lune et l’être ... »
_ « … spirituel qui représente cet astre est l’archange Gabriel ! » Finissais-je à sa place.
_ « Une fois que t’es lancée, ça va tout seul ! » Pouffa-t-elle.
_ « Je vois que toi aussi tu te moque ! Hum … ! Gabriel l’ange de l’eau et de l’annonciation. Ca ferait Pandore annonciatrice de flots destructeur ? Oui, c’est pas mal mais il faut trouver le lien c’est assez Hard pour ceux qui s’y connaisse pas ! En plus, c’est mélangé deux mythes très différents entre eux »
_ « Oui mais bon c’est classe ! Quand je pense que ta fais ça sans faire exprès, le génie repose sur peu de chose. » Dit-elle en explosant de rire.
_ « Tu me cherche, là ? » Plaisantais-je.
Je fixai son regard sans me démonter ! Effort qui me valu un sourire et un clin d’œil.
_ « Mais je t’ai déjà trouvée ! » Me lança-t-elle.
Bizarrement j’interprétai cette phrase comme lourde de sous-entendus d’autant plus que Rudeya détourna violemment son regard de moi.
Pour une fois, c’est moi qui avais gagné. Elle se dirigea vers la chaise qu’elle avait quittée quelques instants plus tôt. Je voyais son dos. Nous restâmes, quelques instants, silencieuses puis comme pour briser la gêne qui s’était infiltrée dans la pièce, Rudeya me demanda :
_ « Tu m’as parlé d’une toile 1/2, tu as donc commencé un autre tableau ? »
Alala, rien de tel que le boulot pour qu’on redevienne naturel ! C’est étrange non ?
Faut dire que toutes deux, nous adorons notre métier respectif !
_ « Oui, j’ai commencé : la décadence des anges noirs » Dis-je en me déplaçant dans l’atelier. Rudeya ne s’était toujours pas retournée mais en passant a coté d’elle, je la senti frémir !
Est-ce que mes peintures la gêneraient ? C’est vrai que c’est les plus osées que j’ai jamais faite mais bon elle n’est pas du genre à rougir pour si peu, enfin je pense !
Se ressaisissant, Rudeya se retourna. Elle avait son visage d’agent, le visage impassible. Ça n’annonçait rien de bon. Elle regarda la toile et annonça :
_ « Hum… prometteur ! Bon j’y vais, j’ai un rendez-vous je repasse vers 13 heures, on pourra déjeuner ensemble si ça te tente ! »
En disant cela, je remarquai qu’elle ne m’avait pas regardé une seule fois. Aurais-je dit ou fais quelque chose qui ne fallait pas ? J’en savais fichtrement rien !
Elle se dirigea vers la porte en faisant attention de ne pas se tâcher avec les toiles et la peinture qui étaient disposés en vrac un peu partout !
Elle s’arrêta sur le seuil et rajouta :
_ « Je t’ai apporté du thé et des croissants au cas où t’aurais faim ! »
_ « Merci mais j’ai faim d’autre chose ! » Dis-je tout bas. Elle se retourna brusquement et je lui souris Je repris :
_ « Qu’est-ce que je ne dois pas dire pour que tu me regardes ! »
Je lus le trouble que j’avais causé dans ses prunelles. Elle ne l’avait pas vu venir celle –là !
Finalement nous éclatâmes de rire toutes les deux, Rudeya avait reprit son éternelle expression de mère poule et cela me rassura.
En franchissant la porte, elle cria :
_ « Tu n’as pas le temps de t’envoyer en l’air ma belle, tu as du pain sur la planche ! Bye, à tout à l’heure »
_ « Oui, mon commandant ! » Criais-je à mon tour.
J’étais contente, je ne sais pas trop ce qui s’était passé mais ce qui était sûr c’est que ça s’était arrangé !
Je trouvais ça sympa de sa part de m’apporter à manger mais franchement ce n’était pas la peine sauf si je voulais vomir ! J’avais encore le rôti sur l’estomac, ce n’était pas le moment de le noyer avec du thé et des viennoiseries !
Je me mis au travail mais sans que je m’en explique la raison je n’arrivai pas à peindre .je restais muette et immobile devant cette toile qui ne demandait qu’à se colorer .La fatigue accumulée, les valises sous mes yeux que j’essayais d’ignorer chaque matin devant mon miroir, pesaient enfin sur moi (à moins que ce ne soit autre chose ! Mais je ne voyais pas d’autre raison).
J’étais soudainement devenue lasse. Je reposai mon pinceau et me dirigeai vers le petit matelas qu’on avait installé en cas de coup de barre !
Nan, ce petit lit disposé au fond de mon atelier n’est pas un lieu de débauche ! Je vous vois venir !! Il ne me sert qu’à ME REPOSER, je vous l’assure !
De toute façon, avec le rêve que je fais, je n’ai pas besoin d’exercice physique ni même de sensation forte dans un lit ou … ailleurs !
Je me laissai tomber comme un sac sur ce vieux matelas et j’admirai le plafond de couleur crème. Lentement, je me senti fondre dans les profondeur d’un doux sommeil mérité que j’espérai reposant ! Hélas, grave erreur !
Logiquement je n’aurai pas du refaire ce songe ! Je ne l’avais jamais imaginé en pleine journée mais je crois que plus ça ira et plus il se fera insistant.
Il doit sans doute vouloir me faire comprendre quelque chose. Mais quoi ?
Il y a très longtemps loin d’ici,
Mon cœur tremblait…
C’était un regard échangé
Qui me faisait souffrir.
Le temps se mesure
Aux battements de mon cœur.
C’est le ciel qui m’y fait repenser…
AH…
L’ombre de la lune
S’étend à l’infini
AH…
Au cœur de mes rêves,
C’est un sourire errant.
Je me promène en cherchant la voix du temps…
Je M’envole en déployant mes ailes diaphanes…
Et mon âme s’égare dans un rêve …
Qui fuit vers les profondeurs de l’espace.
AH…
C’est une mer scintillante,
Douce et chantante,
AH…
Sur laquelle s’estompent,
Les vagues de mes souvenirs.
Fin du chapitre 1